ACTUALITE

Édito : Le Potentiel, Requiem pour la presse imprimée au Congo ?

Le grand journal Le Potentiel a mis la clé sous le paillasson. La triste information a été officialisée par le fondateur du tabloïd, Modeste Mutinga. Tout finit par arriver, malheureusement. Ce jeudi 11 janvier, lorsque le grand public a appris la fermeture de ce qui était dans le paysage médiatique Congolais ( pour la presse écrite), le quotidien le plus ancien, c’était un choc, la fin d’une époque. 40 ans de dur labeur, 40 ans de combat, 40 ans de bonheur…

Dans la lettre annonçant « la fin de parution » du célèbre quotidien, le fondateur de Le Potentiel argue que c’est pour raison de « contraintes financières devenues insurmontables » que le tabloïd ne pourra plus continuer.

Cette fin, rappelle à quel point la presse écrite est menacée en République démocratique du Congo, en Afrique, plus qu’ailleurs. Contrairement à ce que plusieurs peuvent penser, la première menace qui pèse sur la presse imprimée n’est pas internet, ni le web ou les réseaux sociaux. Le désintérêt du grand public à la presse écrite constitue l’épée de Damoclès sur la presse écrite.
Ce désintérêt se traduit par la perte
de la culture de lecture dans une société déjà réputée friande de l’oralité, donc l’audiovisuel en quelque sorte. Comment comprendre que dans une ville de Kinshasa, habitée par plus de 15 millions de personnes, aucun journal n’ait un tirage de 10 000 numéros ? Ce chiffre représente seulement 0,06 % de 15 millions, le nombre d’habitants de la capitale Congolaise. En réalité, la presse imprimée à Kinshasa survit par miracle, car moins d’un 1% de la population l’achète.
Pour revenir à la raison communément évoquée comme le plus grand facteur du déclin de la presse imprimée, à savoir le web et les réseaux sociaux, sous d’autres cieux, en France, pour ne citer que ce pays européen, là où même l’Internet a un grand taux de pénétration, certains quotidiens et hebdomadaires continuent à faire flores. Le combat avec les réseaux sociaux y existent réellement, mais la presse écrite continue à avoir ses adeptes. Car là où internet dépasse la presse imprimée en vitesse, cette dernière s’impose comme le lieu d’approfondissement et de validation des sujets très sérieux.

La réalité française est également observée dans certains pays d’Afrique Subsaharienne. L’Afrique du Sud par exemple, qui compte moins de 70 millions d’habitants, peut se targuer d’avoir un journal avec un tirage de 500 000 exemplaires. Au Kenya, pays de moins de 70 millions d’âmes également, il existe un quotidien à un tirage de 170 000 ou 200 000 numéros quotidien. Pourtant, le numérique et l’internet sont nettement plus démocratisés dans ces pays qu’en RDC.

La presse imprimée en RDC s’est-elle sabordée elle-même en étant devenue trop superficielle, moins diversifiée ? Une chose est sûre, là où la presse a gardé son indépendance éditoriale, son poids n’est pas aussi facilement contrebalancé et son crédit, pas facilement remis en cause. La presse en général, et imprimée (en particulier) a épousé le combat politicien. C’est une réalité ici, parfois ailleurs aussi, et les journalistes, en cherchant là où l’herbe est la plus verte, a fini par devenir « le soldat », le porte-voix des hommes politiques, tuant son métier. Et cette tendance a fait naître un mouvement aussi surréaliste qu’édifiant, le journaliste est devenu politicien portant un masque, laissant son champ à d’autres. Ce champ est maintenant occupé par des charlatans, armés de smartphones. Si le journaliste a creusé la tombe de son noble métier, la technologie a bouclé le travail, installant des Youtubeurs dans les hautes places de l’info.

Patrick Ilunga

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top