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Guerre au Kivu : Comment la SADC va-t-elle gérer le casse-tête Congolais ?

Dans quelques semaines, les troupes de la SADC devraient être déployées à l’Est de la RDC pour aider l’armée congolaise à stabiliser cette partie du pays. Le principe de ce déploiement est déjà approuvé par la SADC dont le chef de l’État congolais Félix Tshisekedi est l’actuel président. Le chef de l’État Congolais a mis un point d’honneur à faire lui-même la démarche diplomatique au sommet de la SADC devant ses pairs à Windhoek, à Namibie.

Les autorités congolaises affichent leur optimisme, arguant que les troupes de la SADC auront un mandat offensif, contrairement aux troupes de la Communauté d’Afrique de l’Est. Mais l’équation n’est pas simple. La SADC va se référer à l’Union Africaine et aux organisations régionales. Au point 12 du communiqué des travaux de lundi 8 mai à Windhoek, la SADC a informé que l’Union Africaine a donné une réponse positive quant à « l’organisation d’un sommet quadripartite de la SADC, de la Communauté de l’Afrique de l’Est, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) pour la coordination et l’harmonisation des interventions des acteurs en RDC ». Ce qui veut dire que les parties prenantes à la crise Congolaise vont se retrouver devant quasiment les mêmes interlocuteurs qui mènent le processus de paix de Luanda et Nairobi.

Le président Angolais João Lourenço, membre influent de la SADC et président de la conférence internationale sur la région des Grands Lacs, qui a été chargé par l’Union Africaine de mener la médiation entre la RDC, le Rwanda et le M 23, a dit récemment que tout sera fait « pour éviter une confrontation dans la région ». Il est donc très probable qu’à l’instar de la Communauté d’Afrique de l’Est, la SADC choisisse une solution négociée et politique à la crise Congolaise plutôt que la confrontation. Pour Omer Nsongo die Lema, un analyste politique Congolais,  »la confrontation entre les armées gouvernementales congolaises et rwandaises est juste une illusion ». « Quand on a alors une lecture géopolitique et géostratégique pragmatique, on doit reconnaître pour la partie négro-africaine du continent l’emprise française sur l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale et l’emprise britannique , mieux anglo-saxonne sur l’Afrique orientale et l’Afrique australe. Dans cette logique, étant sous emprise anglo-saxonne, l’Eac et la Sadc ne feront jamais la guerre au Rwanda anglo-saxon si des informations fournies par Washington et Londres confirment la présence des troupes rwandaises en RDC avec ou non aux côtés du M23. Par contre, elles feraient la guerre au M23 en l’absence totale des troupes rwandaises », estime Omer Nsongo.
Le médiateur, le président João Lourenço, bien qu’ayant utilisé un langage diplomatique, a fait une lecture de la situation. Selon lui, « le M23 respecte le cessez-le-feu ». Le chef de l’État Angolais dit également que les autorités Congolaises tiennent leur engagement. Mais pour ce qui est du cantonnement des rebelles afin d’entamer le processus de les réintégrer dans la société Congolaise, « cette
étape ne s’est pas encore concrétisée. Elle ne dépend pas uniquement du M23. Elle dépend aussi du pays, la RDC », a affirmé le président Angolais.

A demi mots, João Lourenço pointe la responsabilité de la RDC dans le ralentissement du processus de cantonnement des rebelles. Parlant du calendrier de retrait tel que fixé dans la feuille de route du mini-sommet de Luanda tenu en septembre 2022, le Chef de l’Etat angolais a déclaré : « Ce qu’on aimerait, c’est que le calendrier pour mettre en place le cantonnement soit un petit peu raccourci, mais cela ne se passe pas comme ça. Toutefois, il faut rester confiant ».
« La balle est désormais dans le camp de la RDC. A partir de cet instant, on est en droit de chercher à savoir ce qu’il faut attendre de la Force régionale de la SADC », a déclaré Omer Nsongo die Lema.
Il y a quelques semaines, l’Angola avait promis le déploiement de 500 militaires à l’Est de la RDC. A présent, le président Lourenço dit attendre que « les conditions soient réunies avant le déploiement » des troupes de son pays. La SADC a déclaré qu’elle souhaite « une approche plus coordonnée, compte tenu des multiples déploiements effectués dans le cadre d’accords multilatéraux et bilatéraux dans l’est de la RDC ». La SADC a donc « exhorté le gouvernement de la RDC à mettre en place les conditions et les mesures nécessaires à une coordination efficace entre les forces sous-régionales et les partenaires bilatéraux opérant au Congo ».
Dans la région, certains leaders craignent que trop d’intervention de trop des troupes des pays différents ne donne lieu à une confusion généralisée sur terrain. Les troupes de la SADC viendront là où il y a déjà les troupes de la communauté d’Afrique de l’Est. La force de l’EAC a elle-même trouvé des soldats du maintien de paix de l’ONU au Congo. Dans cette même zone se trouvent l’armée congolaise et une centaine des groupes armés illégaux. « C’est une tour de Babel en vue », a estimé José Nawej, un fin éditorialiste Congolais.

Face à la complexité de la paix par la guerre, les leaders de l’Union Africaine, de la SADC, de la CIRGL, de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la communauté économique des États d’Afrique centrale pourraient probablement inviter les parties prenantes à une solution pacifique. Ce sera retour à la case départ où les autorités congolaises disent catégoriquement non à la négociation avec les rebelles avant qu’ils ne déposent totalement les armes et les rebelles ont déjà répondu que « sans négociations », ils ne pourront pas non plus « parler de cantonnement ».

Patrick Ilunga

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