Economie

Journée Nationale de l’Or 2023 : Kibali Goldmines, pilier structurant de la relance de l’industrie aurifère en RDC (Cyrille Mutombo)

Cyrille Mutombo
Directeur Général de Kibali Goldmines et Directeur-pays de Barrick Gold Coorporation

Kinshasa, capitale de la RDC, a accueilli, ce mardi 24 octobre, la Journée nationale de l’or dénommée  » Wolo  ». Objectif de ces assises, mettre en avant le secteur aurifère, porteur de croissance socio-économique du pays. Kibali Goldmines – Joint-venture entre Barrick Gold Corporation (45%), Anglogold Ashanti (45%) et la para-publique Sokimo (10%), pilier de la relance de l’industrie aurifère – a été valablement représentée à ces assises par son Directeur Général et Directeur-pays de Barrick. Prenant la parole du haut de la tribune lors du Premier pannel de la Journée Nationale de l’Or, M. Cyrille Mutombo est revenu longuement sur les avancées de la filière aurifère, le cadre légal et réglementaire, l’environnement, la fiscalité et surtout, l’empreinte de l’or, symbole du logo officiel de la Journée Nationale de l’Or, auprès des communautés locales.

 » Les piliers de la relance de l’Industrie aurifère en RD Congo  ». Tel est le sous-thème développé par le Directeur-pays de Barrick Gold Corporation qui a, d’entrée de jeu, présenté les statistiques de la production de ce métal précieux dans le monde. A en croire notre orateur,  » sur les 10 plus grandes mines d’or au monde en 2022, le top 5 contrôle 45% de la production mondiale, l’Afrique traîne le pas…. Pendant ce temps, en RDC on parle encore du potentiel et du scandale géologique  ».

Concernant la production de l’or en Afrique,  » en 2021, les 5 des 10 premières mines d’or au monde sont exploitées par Barrick, dont 2 en Afrique  », a-t-il rappelé. Avant de donner des détails sur la répartition géographique de la production d’or de Barrick en 2022. L’Amérique du Nord est en pôle position avec 58% (y compris la République dominicaine), suivie par l’Afrique 37%. En dernière position, on retrouve l’Amérique du Sud avec 5%. Mais qu’en est-il du processus de développement d’une opération minière ? Réponse avec le DG Cyrille Mutombo :  » L’industrie minière est, de par sa nature, une entreprise à long terme. L’exploitation prend en moyenne 1 à 5 ans, idem pour l’exploration. Quant à l’étude de faisabilité bancable, celle-ci prend entre 1 et 2 ans, la construction de la mine et des installations 2 ans, la mise en service et intensification de la production entre 1 et 2 ans, l’amortissement accéléré ou l’exonération fiscale temporaire 3 à 5 ans, la position de l’impôt sur les sociétés après le lancement de l’exploration entre 8 à 16 ans. Bref, c’est une industrie qui exige beaucoup de capital  ».

Il est en outre toujours difficile de trouver, selon notre source, une ressource assez grande à exploiter (risque d’exploration).
L’exploitation minière étant une entreprise difficile et à gros risques : métallurgie variable, teneurs, prix des matières premières, coûts des intrants, risques
particuliers aux pays. Mais on ne peut pas ignorer ses effets d’entrainement importants sur la transformation des économies. Quid de l’industrie minière en RDC ?

A cette interrogation des participants, le Directeur-pays de Barrick n’est pas allé par le dos de la cuillère en or.  » L’économie de la RDC a été fortement dépendante de l’exploitation minière. Une industrie minière dominée par les activités industrielles dans le grand Katanga où les opérateurs ont hérité des gisements connus de la Générale des Carrières et des Mines (GÉCAMINES SA)  », a fait savoir Mutombo Cyrille. En dehors du Katanga, a-t-il poursuivi,  » les activités minières industrielles sont quasi inexistantes, à l’exception du Haut Uélé et autres fois le Sud-Kivu  ».

De l’avis du patron de Kibali Goldmines,  » le secteur minier Congolais est dominé par de nombreux spéculateurs et des juniors. Le défi des infrastructures (inexistantes ou vieilles) telles que l’électricité, les routes, les ponts, les écoles, les hôpitaux, les routes d’accès sont énormes. Actuellement, le secteur industriel de l’or n’a que Kibali depuis la fermeture de Banro qui n’a pas pu faire long feu, loin de refléter le potentiel du secteur  ». Un cas parmi tant d’autres qui pousse à réfléchir sur le cycle de vie d’une mine en RDC.

S’agissant particulièrement de Kibali Goldmines, son cycle de vie se présente de la manière suivante : exploration (2003-2008), pré-faisabilité (2008-2009), faisabilité (2009-2010), réinstallation (2010-2012), construction de l’usine et premiere centrale hydroélectrique (2011-2013) et enfin, la construction de la
mine souterraine à la base de la renaissance de l’industrie aurifère en RDC. Avant ce sucess-story, le contexte du secteur minier en 2006 était caractérisé par la diligence diligente conduite par les géologues de Randgold (Barrick), la revue minière en cours (revisitation des contrats léonins/partenariats miniers), la croissance du PIB réel du pays à son plus bas niveau historique, la zone de Kibali était enclavée, sans voies d’approvisionnement, l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) active dans la région, en septembre 2009, acquisition de Moto Goldmines (70 % Kibali) en JV avec AGA lors d’une vente aux enchères publique internationale, en novembre 2009 la JV acquiert 20 % supplémentaires à Kibali auprès de Sokimo.

Le DG Cyrille Mutombo s’adressant aux participants lors du Panel 1 des assises WOLO à Kinshasa, mardi 24 octobre 2023.

En 14 ans d’existence, foi du DG Cyrille,  » Kibali Goldmines a su créer de valeur durable dans une province avec un profil communautaire estimé en 2010 à moins de 50 000 personnes (principalement des mineurs artisanaux, des commerçants, etc.), aujourd’hui cette population a été multipliée par 12. Entre 2009 et 2023, Kibali Goldmines a su construire un pôle économique florissant dans le Nord-est
de la RDC avec un plan d’action de réinstallation dans la nouvelle cité de Kokiza Joli Joli de plus de 4 200 ménages (>20 000 personnes)  ».

Ce pôle de croissance se donne aujourd’hui une autre vocation, le développement de l’éco-tourisme.

Depuis quelques années, le management de Kibali Goldmines pense à l’après mines. Voilà pourquoi, il s’est lancé dans le développement du tourisme et d’une économie locale diversifiée afin d’absorber cette main-d’œuvre disponible, abondante et bon marché. Tout le monde ne peut pas travailler à KGM, considérée comme la Gécamines de la contrée.

En 1960, la population de rhinocéros blancs dans le parc national de la Garamba était de 1 300 têtes. Entre 1963 et 1966, 1 000 cornes ont été transportées de Faradje à Mombasa. En 2006, dernière observation de rhinocéros dans le Parc national de la Garamba. En 2009, la zone affectée par la LRA voit Kibali contribuer au développement de l’infrastructure
routière, promouvant ainsi la paix. Ainsi, Kibali commence à travailler à la création de conditions favorables à la protection de la faune et de la flore.

En 2022, des progrès considérables sont réalisés en matière de conservation des girafes, ceux-ci se traduisent, selon le management de Kibali, par une augmentation de la population, qui est passée de 22 en 2012 à plus de 71. La pose des colliers sur les éléphants, la pose de colliers GPS sur les lions…vont suivre par après pour la sécurisation des troupeaux.

En juin 2023, Kibali réintroduit avec succès 16 rhinocéros blancs dans le Parc national de la Garamba. Objectif, atteindre 76 rhinocéros en 3 ans.  » Le pole économique désormais établi dans cette région est prêt à stimuler une économie en voie de diversification  », s’est réjoui le DG Cyrille Mutombo de KGM. Pour l’avenir, qu’est-ce qui doit être fait pour bâtir une industrie aurifère florissante en RDC ? A cette question des participants, Cyrille Mutombo a proposé quelques ingrédients dont la responsabilisation des acteurs, capitaliser le pouvoir transformateur des mines, redéfinir le rôle pilote de l’Etat, réforme du cadre légal, mettre en place les facteurs incitatifs, des choix durs tels que faire le distinguo entre exploitation artisanale – exploitation industrielle, pour ne citer que ceux-ci.

Pilier pour la relance du secteur, Kibali le pionnier ou le seul arbre à fruit dans la plantation ? Selon le Directeur-pays de Barrick, actionnaire gérant de Kibali, la situation actuelle de son entreprise ressemble à celle d’un verger florissant dans une forêt à arbre unique. Pour avoir plusieurs Kibali à l’avenir, pense-t-il, il faut créer une stabilité juridique et fiscale autour de l’investissement dans l’exploitation minière qui se mesure à long terme et exige beaucoup de capital, une approche pro-communautaire de l’actuel code, la promotion de la transparence, assouplir certaines exigences du cahier de charges pour des facteurs qui requièrent des améliorations, l’amélioration du climat des affaires et des investissements, de la fiscalité et de la para fiscalité. Cette liste n’est pas exhaustive.

Vue partielle des participants

Pour un système fiscal compétitif, les ingrédients, selon le DG de KGM, sont entre autres (Ndlr : L’économiste classique Adam Smith a décrit les quatre piliers d’une bonne fiscalité dans son œuvre intitulée “ La richesse des Nations ” en 1776. Ces principes sont encore d’actualité) : 1) L’efficacité, 2) L’équité, 3) L’avantage fiscal, et enfin, 4) La transparence. Certains autres principes économiques concernant la fiscalité ont émergé au fil des ans tels que : 1) La neutralité, et enfin, 2) La stabilité.

Bref, les contribuables devraient être en mesure de planifier leurs impôts à un
degré de certitude raisonnable. Faire le distinguo entre l’exploitation minière responsable et industrielle et l’exploitation minière illégale. Car, cette dernière détruit les bénéfices des ressources naturelles de la RDC.

Avant de clore son propos, notre orateur, a martelé que l’or est un compagnon de notre quotidien. Les mines d’or (comme bien d’autres) ont un pouvoir de transformation sociétal profond. Pour ce faire, maximisons les effets d’entrainements autour de nos mines en diversifiant notre économie.

 » Comme sous d’autres cieux, les mines d’or peuvent être un catalyseur de taille en RDC. Les acteurs sont appelés chacun à jouer sa partition, le pouvoir public avec un cadre
règlementaire plus sain, une fiscalité équitable, un cadre plus incitatif et attrayant  », a-t-il conseillé.

Face à face Cyrille Mutombo et la presse économique locale.

Compte tenu du potentiel minier en RDC, une seule mine industrielle veut dire que le voyage n’a pas encore commencé. Les innovations du code tel que le cahier de charges, la dotation, la transparence sont des éléments que nous devrions capitaliser
Mais, n’oublions pas que les mines naissent, croissent, deviennent matures et
s’éteignent.

Photo souvenir entre le DG de Kibali Goldmines et l’Initiateur des assises WOLO, M. Prince Eley Nyampala.

Travaillons tous pour lancer une vague aurifère, un pool minier en plus du Grand Katanga. Barrick est un leader mondial avéré, prêt et disposé à nous accompagner dans ce voyage  ». C’est par cette exhortation que le DG Cyrille Mutombo mettra fin à son speech de circonstance. A bon entendeur, salut !

Dieudonné Buanali

 

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