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La DGTCP à l’ère de la bonne gouvernance : Le Directeur Général Thomas Maketa déclare : « Lorsque la DGTCP sera pleinement installée, le problème de paiement en retard de salaires des fonctionnaires disparaîtra ».

 

 

 

 

Les rôles et missions de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) dans la gouvernance économique de la République Démocratique du Congo (RDC), le déploiement de la DGTCP dans les autres provinces, la lutte contre la malversation financière, la gestion de la caisse et du trésor public, le contrôle de la chaîne des recettes et dépenses… Thomas Maketa, actuel directeur général de ce service public n’élude aucun sujet. Haut-fonctionnaire congolais et pur produit, ou presque, des institutions financières internationales, le tout premier responsable de cette cheville ouvrière des finances publiques assainies en RDC sent venir le vent du changement autant qu’il souhaite l’accompagner, après deux ans d’existence de cette caisse et cette trésorerie du pays. Au cours d’une interview à cœur ouvert qu’il a exclusivement accordé à notre rédaction, Thomas Maketa s’est montré autant ambitieux qu’engagé et déterminé à faire de la DGTCP la cheville ouvrière des finances publiques congolaises. Le professeur d’Universités et docteur en Sciences Économiques nous livre les enjeux auxquels sa structure doit faire face. Un pivot central dont l’ambition est de structurer le système financier de tout l’Etat congolais à tous les niveaux (Gouvernement central, provinces et entités décentralisées), de mettre en place un système de déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques et de structurer ce service pour qu’il soit plus productif, plus transparent et plus efficient. Ci-dessous, savourez l’intégralité de l’interview.

 

Djodjo Mulamba (DM)/ Créé en 2022 par un décret du premier ministre, votre service est jusque-là peu connu du grand public. Que peut-on savoir de la DGTCP ?

Thomas Maketa (TM)/ La DGTCP est une structure qui est au cœur du ministère des finances. Elle a comme charge d’encaisser toutes les recettes des régies financières (tout ce que les régies récoltent en termes des recettes pour l’Etat). Elle est donc le caissier de l’Etat, mieux le trésorier de l’Etat. C’est elle qui voit les disponibilités par rapport aux besoins du budget et s’occupe de la gestion de la trésorerie. C’est aussi la DGTCP qui contrôle le paiement des dépenses de l’Etat à travers les comptables publics.

DM/ Est-ce que la DGTCP est seulement basée ici à Kinshasa ou elle s’est déjà déployée dans tout le territoire national ?

TM/ La DGTCP n’est pas seulement pour Kinshasa. La DGTCP a un rôle qui est national. Elle a le rôle de gérer la caisse et la trésorière de l’Etat. Lorsqu’on parle de l’Etat ici, il faut comprendre qu’il s’agit du gouvernement central, des gouvernements provinciaux, des entités décentralisées et des ambassades. Donc, le rôle de la DGTCP est de structurer le système financier de tout l’Etat congolais à tous ces niveaux.

DM/ Puisque vous êtes jusque-là basée seulement à Kinshasa, est-ce que vous pensez aussi s’étendre dans d’autres provinces pour impacter efficacement la gestion du trésor public ?

TM/ Effectivement. Comme vous l’avez dit, la DGTCP a un an et tend vers sa deuxième année. La première année a été consacré à la mise en place de la logistique et du bureau de Kinshasa (l’équipe dirigeante). Cependant, nous commençons la deuxième année d’existence. Et il est prévu que nous puissions nous déployer afin de jouer notre rôle pleinement non seulement au niveau du gouvernement central où nous sommes déjà mais aussi surtout dans les provinces. Il y a cinq provinces pilotes pour lesquelles nous sommes en train de vouloir nous déployer cette année. Et nous allons travailler de manière étroite avec les exécutifs provinciaux pour jouer notre rôle de caissier et trésorier des provinces.

DM/ Quel rôle peut jouer la DGTCP pour lutter contre le paiement en retard des salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat ?

TM/ Il faut bien comprendre une chose. Le paiement des salaires provient d’une chaîne. Tout d’abord, en jouant notre rôle de caissier et trésorier payeur et en maîtrisant toute la chaîne de bout en bout, ça nous permet de nous assurer que nous avons à tout moment des moyens disponibles pour pouvoir payer les dépenses des salaires de fonctionnaires. Je crois justement que lorsque la DGTCP sera pleinement installée, elle pourra s’assurer que le problème de paiement des salaires qui arrive en retard, ne puisse plus exister. Raison pour laquelle il lui (la DGTCP) a été assigné le contrôle sur toute la chaîne de la recette et celle de la dépense. C’est-à-dire que la DGTCP encaisse.

Donc, elle sait à tout moment le montant qui est entré dans les caisses de l’Etat, le montant qui est attendu pour payer les fonctionnaires. En avance, elle sait déjà prévoir les mécanismes de financement à court terme et moyen terme mais aussi les moyens supplémentaires dont elle a besoin. Elle doit savoir également gérer la trésorerie pour les dépenses aussi essentielles que le paiement de fonctionnaires de l’Etat puisse se faire à temps. Comme vous l’avez dit, il n’y a pas longtemps que la DGTCP a été créé. Alors, lorsqu’elle sera pleinement installée, le problème de paiement en retard des salaires va totalement disparaître.

DM/ Dans le cadre de vos missions, vous avez aussi la charge de proposer et mettre en œuvre la politique financière de l’Etat. Est-ce que depuis votre avènement à la tête de ce service, une politique financière a été déjà proposée et mise en œuvre ?

TM/ La politique financière de l’Etat est au niveau du ministère des finances. Et nous sommes le conseiller du ministre. En tant que conseiller du ministre, nous avons eu à pouvoir conseiller le ministre des finances sur certains points pour l’amélioration de certaines situations. Nous sommes aussi techniciens puisque nous exécutons les instructions. Comme vous l’avez dit, nous avons été créé depuis 2022. Mais là, c’est seulement la création. Nous nous avons été nommés en 2023. Pendant notre première année, nous avons pu réaliser quelques succès juste après la mise en place de notre équipe dirigeante. Nous avons par exemple procédé à l’état des lieux pour voir à quoi ressemblait la chaîne de la dépense et celle de la recette en RDC. Nous avons donc vu dans notre périmètre ce qui pouvait se faire. La première chose que nous avons remarquée est que tout se faisait par papier dans un pays aussi grand que le nôtre (RDC).

Face à cet des choses, nous avons lancé un programme ambitieux de digitalisation avec trois volets : digitalisation de la chaîne de la dépense, de la chaîne de la recette, des opérations annexes avec la dette publique. Pour ce qui est de la chaîne de dépense, nous sommes déjà à l’étape de la validation du logiciel qui nous permettra d’avoir une vue globale à travers le pays sur chaque franc congolais qui se trouve dans les caisses des comptables dont nous ne sommes pas pour l’instant. Nous pourrions donc tracer chaque franc congolais qui quitte la régie jusqu’à la caisse de paiement. Beaucoup de problèmes que nous connaissons actuellement n’existeront plus parce que ce logiciel va amener une traçabilité, une transparence et une bonne gouvernance dans la gestion de la dette publique.

Notre objectif est que toute personne qui a une créance de l’Etat congolais ne devienne pas comme une malédiction. Que tout fournisseur qui livre un bien ou rend un service à l’Etat n’ait plus à se gratter la tête pour ça. Nous avons vu dans d’autres pays que tout fournisseur de l’Etat est payé après trente jours sans problème. Et c’est là que nous voulons arriver. Si nous atteignons cet objectif, l’Etat pourra contribuer à l’économie afin d’aider les entrepreneurs et les entreprises congolais qui comme dans tous les pays normaux devraient aussi bénéficier de leur Etat. C’est en tout cas tout le processus que nous tentons de revisiter afin que le trésor du Congo puisse jouer son rôle économique.

DM/ Qu’est-ce qu’il faut pour atteindre ces objectifs ?

TM/ Je pense que la volonté politique est là. Le fait que nous existons. Le fait que le Président de la république et le gouvernement aient mis en place la DGTCP. Le fait que nous ayons été nommé. Ces éléments montrent que la volonté politique est là. Mais, nous avons encore besoin d’un peu plus. Alors, je pense que pour un grand pays comme le Congo, il faut être ambitieux. Vu l’importance que revêt notre pays en Afrique en général et pour sa population, on ne doit plus se permettre d’être dans les à peu près. Nous devons mettre notre système des finances publiques aux normes du temps actuel qui lui permettront de jouer pleinement son rôle. Donc, vous voyez que c’est ambitieux au point que ça bouscule les habitudes.

Du reste, nous demanderons un support. Que toute personne qui travaille, dans ce domaine, puisse nous accompagner, car nous avons certes la volonté mais ce n’est pas seulement un travail de la DGTCP. C’est aussi un changement de la culture haut-niveau de la communauté des finances publiques congolaises. Il faut qu’on comprenne surtout que beaucoup plus de transparences feront que certaines personnes ne se retrouvent plus mais ça va permettre à la communauté de notre nation de pouvoir vraiment bénéficier pleinement de tout ce que notre pays peut donner.

DM/ La malversation financière, la corruption et le détournement des derniers publics ont élu domicile dans la gestion des finances publiques congolaises. Comment comptez-vous lutter contre ces pratiques ?

TM/ Effectivement. C’est pour ça qu’elle a été créé. La DGTCP a été créée pour faire le contrôle. Elle est composée de trois grands corps dont le premier est le corps des comptables publics. Leur rôle est de s’assurer que tout franc congolais venant des coffres de l’Etat soit dépensé selon les règles. Leur rôle est aussi de s’assurer qu’il n’y ait pas de malversation et que toute la dépense ait suivi la procédure normale et réglementaire pour être dépensée. C’est déjà une grande garantie pour s’assurer qu’il n’y ait pas de malversation. Le deuxième corps est l’inspection des services du trésor. Ce corps a pour rôle de contrôler tous les comptables. C’est-à-dire que le comptable qui est déjà contrôleur, est lui aussi contrôler par un autre service. Il est ici question de s’assurer que le comptable joue pleinement son rôle afin d’éviter les détournements. Le troisième corps est le corps des trésoriers. Ce dernier joue le rôle de planificateur qui a une vision à long terme sur les finances et qui s’assure que certaines décisions prises tant au niveau de l’endettement qu’au niveau de la gestion de la trésorerie n’auront pas d’impacts négatifs.

C’est donc avec tous ces corps que nous sommes en train de réorganiser et de capaciter avec nos partenaires (La Banque mondiale et le Fonds Monétaire International) qui nous appuient énormément pour que toutes les formations que nous donnons à nos comptables produisent des vrais comptables. Aussi, toutes les formations que nous dispensons à nos inspecteurs des services doivent faire en sorte qu’ils jouent pleinement leur rôle et pour que nos trésoriers soient aussi au niveau des compétences dont le pays a besoin.

Du reste, nous avons aussi ce que nous appelons notre personnel d’appoint et notre équipe administrative. Nous avons également une direction de contrôle financier qui doit s’assurer du respect des intérêts économiques de l’Etat. Cette direction est une direction très importante. Elle devra aussi s’assurer que tout contrat signé par la RDC n’est pas un contrat léonin ou un contrat qui va pousser à un endettement fictif et non productif. Donc, tous ces corps ont pour rôle de garantir les intérêts économiques de l’Etat. C’est ça le rôle de la DGTCP.

DM/ Il y a une réforme recommandée par le FMI consistant à faire de la DGTCP le seul service habileté à ordonner les dépenses publiques. Est-ce qu’on peut considérer aujourd’hui que c’est une réforme réussie ?

TM/ Une réforme est un processus. Il faut souligner que le processus a commencé. Déjà, à travers sa direction du trésor et des moyens financiers, la DGTCP s’occupe des dépenses de l’Etat mais ce que nous sommes en train de faire est de pouvoir réorganiser ce service pour qu’il soit lui aussi un service plus productif, plus transparent et plus efficient. En plus, à travers le paiement, il y a une nouvelle donne qui est en train d’arriver. Il s’agit de la déconcentration de l’ordonnancement. Le gouvernement a décidé que le paiement centralisé tel qui s’est fait aujourd’hui n’est pas efficace. Il faut que chaque ministère puisse gérer son budget et décider lui-même de ce qui doit être payé. Et dans la déconcentration de l’ordonnancement, le gouvernement avait décidé que huit ministères soient impliqués en 2024. Dans ce cas là, ça sera le ministre sectoriel et son comptable qui seraient en charge de gérer tout le paiement et le budget pour leur secteur. Voilà donc la réforme. Nous sommes en train de réorganiser pour que ça devienne plus efficient et transparent. Au niveau de cette réforme, nous mettons en place un système pour que la déconcentration de l’ordonnancement puisse être un succès.

Propos recueillis par Djodjo Mulamba

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