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Candidatures inattendues perçues comme actes d’interpellations : Buse Falay, Docteur Ngalasi, Docteur Mukwenge

L’ambition politique est généralement nourrie par un parcours de militant double d’un statut de politicien. Au moment des élections, il est normal que les ambitions naissent dans les états-majors politiques et que des chefs des partis prennent place dans la compétition politique. Ils sont candidats aux différents postes et font ainsi leur devoir historique. Mais parfois et c’est le cas aujourd’hui, d’autres candidats venus d’autres sphères, ayant évolué dans des cadres totalement apolitiques, ressentent le besoin de se positionner comme candidats à la magistrature suprême. On peut se demander comment acceptent-ils de quitter leur confort pour se jeter dans l’arène, dans cette marre des crocodiles ? Comment ces hommes qui ont fait leur preuve dans des secteurs aussi pointus acceptent de prendre le risque de se mesurer à un sport qui ressemble à la lutte traditionnelle où les lutteurs sont obligés de se battre en tenue  » Lingwanda  » comme pour dire exposés à des déballages parfois infâmes ? D’autres encore, sans doute, vont se décider avant la fin du délai pour le dépôt des candidatures à la présidentielle. Mais notre projecteur s’est posé sur les trois personnalités que l’on ne pouvait attendre mais dont la candidature donne une idée sur le degré d’interpellation.

D’abord, le Pasteur Docteur Ngalasi, un personnage public de premier plan, fondateur d’une des plus grandes églises du pays, Église La Louange. Avec pignon sur rue, médecin et chef dans l’une des entreprises locales, on peut se demander pourquoi acceptes-t-il de quitter cette situation sécurisante à titre personnel pour se jeter dans cette antre ? Lui-même, réagissant à ce questionnement, répond qu’il a reçu l’ordre du Très Haut pour se présenter à ce rendez-vous historique. Il n’y a pas débat à ce niveau de motivation car, de Dieu il ne faut qu’obéir à son commandement. Néanmoins, dans cette situation assez étrange, une psychanalyse de la société peut nous indiquer que le fait qu’un homme d’Église se décide de prendre les rênes du combat politique peut vouloir dire qu il y a une carence morale profonde dans la gouvernance et qu’il est urgent de restaurer une dimension spirituelle dans l’exercice du pouvoir. Il porte une candidature d’interpellation pour que ceux qui agissent au nom du peuple n’oublient pas que ce peuple appartient d’abord au Créateur. Comment exiger un changement de fond qui rend justice à la volonté de Dieu ? C’est par l’envoi d’un prophète dans l’arène politique et que le moment de campagne peut servir à l’interpellation du peuple pour un choix judicieux. C’est un travail difficile auquel se livre le pasteur Ngalasi car, il sera obligé de faire face aux quolibets qui ne manqueront pas de pleuvoir.Ensuite, il y a Georges Buse Falay, un homme rare, un cadre d’abord de la Générales des Carrières et des Mines, GÉCAMINES SA, ex fleuron de l’économie nationale où il a fourbi ses armes, développant une capacité de travail au standard international. Il a été remarqué pour son sens d’organisation en devenant le Directeur de Cabinet du Chef de l’État Laurent-Désiré Kabila, paix à son âme.

Homme des dossiers, il a été Ministre de l’Énergie et à ce titre, il a sillonné tout le pays à la mise en place d’une stratégie d’électrification nationale. On se souvient de la campagne d’éveil patriotique qu’il avait animé avec d’autres, campagne qui avait mobilisé la population à résister contre l’agression des forces ennemies. Buse Falay reste un grand technocrate, un penseur libre et un manager hors pair qui venait d’ailleurs de réaliser des prouesses en faisant remonter une entreprise privée des sombres zones de la faillite vers la lumière de la prospérité. .

Sa candidature à 77 ans doit être perçue comme une interpellation du déficit en termes de conscience professionnelle qui règne dans le pays. Il s’agit de donner à tous des moyens de gouvernance basés sur la rationalité et le patriotisme comme ne manquera pas de le faire le candidat-Président George Buse Falay.

Actuellement, l’ancien Sénateur occupe le poste de Président du conseil d’administration de PHC (Palmeraies et huileries du Congo), une entreprise d’économie mixte, qui est devenue une filiale de la société Feronia. Sa candidature marque la 13ᵉ soumission officielle de candidature à la présidentielle, alors que le pays se prépare pour un scrutin crucial en décembre 2023.

Le dernier est le Docteur Mukwenge qui est descendu des montagnes du Kivu pour venir se mesurer à la fange politique de Kinshasa. Comment le Docteur, de surcroît prix Nobel de la paix, a décidé de quitter l’intimité des salles d’opération où il réparait les femmes brisées pour aller vers la cité et réclamer justice et pouvoir pour le peuple pour qui désormais, il compte parler. C’est une véritable guerre des valeurs et de sens à laquelle Denis Mukwege appelle la classe politique car, si un médecin, un professeur d’université, un clinicien, un chirurgien, se voit obligé de quitter sa salle de travail pour aller vers les meetings, cela prouve que la politique de son pays ne fonctionne pas bien. Il est venu le moment de s’interroger en tant que Nation de la qualité de l’offre et de la pratique politique du pays car, si des hommes des valeurs estiment qu’il faut s’engager en politique pour espérer voir changer les choses, alors toute la structure institutionnelle fonctionne mal.

Ces élections sont une occasion de jauger de la profondeur de la rupture qui existe entre le Congo profond et sa classe
dirigeante.

Robert Tanzey

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